Odile Fabing: la côte des roses en noir et blanc

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Odile Fabing appartient à une famille consacrée à l’école. Son père était instituteur, ses cinq frères étaient dans l’enseignement, et son mari était directeur de l’école Victor Hugo en fin de carrière.

Elle se souvient de la passion avec la quelle son père préparait les cours de l’année suivante pendant l’été avec ses petits cahiers ronéotypés : elle-même, quand elle était petite fille, rêvait déjà de corriger les devoirs.

A dix huit ans elle sort de l’école normale et commence à enseigner après quatre ans d’étude. A cette époque l’instituteur diplomé est lié par un contrat de dix ans à l’éducation nationale pour compenser le coût des études qui sont gratuites. Quand elle arrive à la Côte des Roses, le quartier sort de terre et ses habitants viennent de toute la France travailler en Lorraine : tout le monde était heureux d’habiter ces logements neufs car le confort qu’ils offraient était nouveau : salle de bain, W.C. Le paradis.

Cette année, à l’initiative d’Elisabeth Ménégoz, elle a rencontré les anciennes élèves de son cours préparatoire de 1965 à l’école St Hubert ll.


Cot6.jpg L'école de la Fontaine dont Odile Fabing était directrice, est devenue après extension, la maison de quartier de la Côte des Roses.

Odile Fabing se réjouissait et appréhendait en même temps les retrouvailles, pas sûre de les reconnaître et anxieuse de leur façon de la percevoir : elle était leur première maitresse car les classes maternelles n’existaient pas à cette époque. Les enfants découvraient la maitresse en même temps que l’école.


Cot4.jpg "schnoupsy" Ménégoz au premier rang
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Cot8.jpg sur les tables, le strict nécessaire

L’institutrice était une référence, les gens n’osaient pas toujours lui parler.

Cette distance, elle en a eu conscience plus tard dans sa carrière, l’école et la vie dehors étaient deux mondes séparés. L’institutrice ne prenait pas vraiment en compte la vie des enfants à l’extérieur.

Mais la vie était différente, pratiquement pas de familles monoparentales, peu d’enfants de familles séparées, les Papa avaient tous un travail et la plupart des mamans restait à la maison. L’ambiance était plus sereine et les problèmes moins visibles.


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M. Ditsch, maire de la ville au marché de la côte des roses


Le souvenir que ses anciennes élèves avaient d’Odile Fabing était celui d’une maitresse gentille et très exigeante, ce qui ne l’a pas surpris car les enfants devaient réussir, c’est ainsi qu’elle avait été formée. Son rôle était de les amener à développer au maximum leurs capacités et à les faire grandir. Elle savait ce qu’elle pouvait obtenir des enfants et n’hésitait pas à les pousser plus loin.

La discipline en classe allait jusqu’au maintien bien droit, les mains sur la table pour lutter contre la scoliose, déformation de la colonne vertébrale, et les inspecteurs qui venaient dans les classes sans prévenir, étaient très exigeants sur ce point. Les choses venaient d’en haut et on ne posait pas de questions. La règle classait les enfants selon leur aptitude à suivre en classe mais elle a vite fait l’expérience que ceux qui n’aiment pas l’école, s’ils sont bien encadrés pourront trouver leur voie ailleurs. Combien a-t-elle vu d’enfants en difficulté se transformer en techniciens et en ingénieurs !



« Soyez sévères et exigeantes, surtout au début, quitte à relâcher un peu au cours de l’année » : en tout cas elle commençait chaque après midi par une chanson et savait rire avec les enfants.

Odile Fabing a vu l’école s’ouvrir peu à peu aux parents d’élèves et y gagner beaucoup. Sa seule exigence auprès des parents était «en cas de problème, ne nous démolissez pas devant les enfants, venez nous voir ».

De ses trois enfants seule sa fille a repris le flambeau bien que, petite fille, elle disait de sa mère que dès que l’école recommençait, elle n’était plus que maitresse. Ses garçons eux ont vite compris la somme de travail à la maison que cela représentait et ont dit non à l’enseignement.

C’est un métier éprouvant et sans relâche avec ce soucis d’arriver à mobiliser les enfants en permanence. Mais en échange plus elle avançait en âge, plus elle connaissait les enfants et plus elle les aimait. Elle a appris à ne pas les cataloguer en les enfermant dans une idée préconçue de leurs capacités. Quand elle avait un nouveau en classe, elle ne consultait pas tout de suite ses bulletins passés : elle préférait se faire sa propre opinion de l’enfant. Comme avec le petit Tony Russo au bulletin effroyable, avec qui cela avait fait tilt d’entrée et qui a aujourd’hui un niveau Bac+5 en chimie.

Dans les années 70 elle a commencé à accueillir des enfants du foyer Océanie dans sa classe et cela lui a ouvert les yeux sur ces enfants malmenés par la vie. Elle a appris à les prendre différemment et à considérer l’enfant dans son cadre de vie.

Les effectifs des écoles ont baissé progressivement, les classes qui comptaient une quarantaine d’élèves dans les années 60 en ont une vingtaine aujourd’hui. Des six directeurs d’école de la côte des roses il n’en reste qu’un, à l’école St Hubert, M. Noller.


Odile Fabing a pris une retraite anticipée en 1982 et a continué d’enseigner le catéchisme en classe jusqu’en 1993 l’année de ses soixante ans. L’enseignement reste sa passion et elle espère que ses anciennes élèves lui sauront gré des erreurs qu’elle aurait pu commettre.

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©archives de Thionville 

Publié par Mon Quartier, Ma ville[1]